Le ‘roman de la grossesse’ et ses variations dans les situations de maltraitance mère-enfant

Ayant travaillé de 1998 à 2003 dans un service

Les deux hypothèses majeures sont les suivantes :

Première hypothèse : il existe une pathologie de différenciation mère-enfant dans les situations de violence agie (maltraitance) qui apparaît dans les affects, comportements et représentations de la mère mais aussi dans la manière avec laquelle elle relate, en après-coup, la grossesse qui a donné naissance à l’enfant avec qui elle est aujourd’hui en difficulté relationnelle et éducative.

Deuxième hypothèse : en permettant aux mères d’élaborer leur « roman de la grossesse », nous disposons d’un précieux outil à valeur diagnostique, quant à l’ampleur de cette sphère d’indifférenciations et sommes en mesure de construire avec elles un dispositif diagnostique et thérapeutique :

  • Diagnostique :
    • Cet outil permet d’évaluer la profondeur et l’étendue de la sphère d’indifférenciations ;
    • Il permet d’évaluer l’état de l’organisation ?dipienne chez la mère.
  • Thérapeutique : dans tous les cas, la co-construction du roman-récit de la grossesse a des effets positifs. Du simple changement d’ambiance dans la salle d’entretiens à la transformation de la contrainte en demande, et de l’offre d’une occasion d’élaboration, à la réalisation d’un travail thérapeutique que des études de cas ont illustrées.
    • Le ‘roman de la grossesse’ vient introduire de la différenciation intrapsychique et interindividuelles et entraîne des changements dans les deux sphères, psychique et comportementale, de la mère, ainsi que dans la relation pathologique mère-enfant.
    • La grossesse apparaît comme le thème autour duquel la mère échappe à son discours construit, favorise un accès plus aisé aux processus primaires, et entraîne une fantasmatisation nécessaire à la relation.

C’est ainsi que j’ai pu mettre en place une méthode de travail qui consiste en une consultation thérapeutique basée sur une anamnèse associative autour de la périnatalité en après-coup que j’ai appelée le ‘roman de la grossesse’. J’ai présenté et défendu tout le long de mon travail de thèse le ‘roman de la grossesse’ qui s’est montré un concept théorique autonome en plus d’être un outil diagnostique et un dispositif thérapeutique. Je le présente sous des configurations différentes : avec la mère en présence de son ou de ses enfants, avec l’ensemble de la famille, avec la mère seule. Il peut s’appliquer, au-delà du cadre de la maltraitance mère-enfant, dans tous les cas de maladies de la naissance psychique : c’est une clinique des origines.

J’ai insisté lors de cette recherche sur l’impossibilité d’effectuer un travail avec les parents sans tenter l’élaboration d’un minimum de représentations ; représentations nécessaires pour placer l’échange dans une sphère humaine dans des situations où la subjectivation est un à-venir et non pas un déjà-là. Mon travail avec le ‘roman de la grossesse’ m’a permis de proposer son élargissement en tant qu’approche psychothérapeutique mais aussi en tant qu’outil d’évaluation.

Élaborer son ‘roman de la grossesse’ pour la femme mère, c’est donner vie psychique à son enfant mais aussi à ses deux parents. Le ‘roman de la grossesse’ nous montre qu’une femme ne devient mère que quand elle accepte le devenir parent de ses propres parents, notamment le devenir mère de sa propre mère. Au devenir mère de sa propre mère, correspond le devenir existant de son propre être. S’imaginer le bébé qu’elle a pu être pour imaginer le bébé qu’elle a eu ; s’imaginer ses origines d’avant la naissance : remonter jusqu’à la vie f?tale et jusqu’à la rencontre de ses deux parents. Imaginer la scène primitive, Sa scène primitive : une scène où deux êtres adultes, un homme et une femme furent unis par deux désirs mis en commun pour donner vie à un petit être. C‘est quand la mère accepte le devenir mère de sa propre mère, quand elle donne vie psychiquement à celle qui lui a donné vie biologiquement et psychiquement qu’elle accepte de devenir mère symboliquement. C’est ainsi qu’elle entreprend la conquête de sa propre mère, qu’elle finit de l’avaler toute crue pour la mâcher, l’assimiler et la posséder jalousement en la possédant symboliquement.

A travers le ‘roman de la grossesse’, nous offrons à une mère qui a toujours revendiqué la création de son enfant, ce moment où elle est créatrice, elle place l’un, déplace l’autre… Le plus grand devient le dernier, à travers des lapsus, des actes manqués… La distance se crée entre celui qui met en scène et ceux qui sont mis en scène, un rire venant après un lapsus, une interrogation se laissant entendre. Ainsi prend forme l’espace maternel.

Les fantasmes élaborés dans le ‘roman de la grossesse’ changent les conduites que les mères ont avec l’enfant. La mère sort de son « noyau agglutiné » en créant des espaces différenciés. Des investissements nouveaux apparaissent (nouveaux projets, nouveaux intérêts).

Par ailleurs, le ‘roman de la grossesse’, paraît un dispositif indiqué pour sortir de ces paradoxes de l’action sociale qui nécessite un travail de transformation avant toute intervention.

La relation mère-enfant entre l’inceste agi et l’inceste fantasmé, Université Lyon II, 2007

d’action éducative en milieu ouvert en tant que psychologue clinicienne de formation analytique, j’ai été confrontée à une sorte d’imperméabilité psychique des parents auxquels s’adresse ce milieu.